Le règne de la ‘‘bourreaucratie’’ en République démocratique du Congo

Bréviaire de la tyrannie macabre

De l’art de trucider un Peuple ‘‘pacifique’’ et ‘‘sans défense’’

Mobutu
Le Maréchal Mobutu Sese Seko du Zaïre est le premier ancêtre moderne des tyrans mercenaires en Afrique noire.

Le règne de la ‘‘bourreaucratie’’ en République démocratique du Congo

‘‘Le bourreau et le souverain forment un couple. Ils assurent de concert la cohésion de la société’’ Roger Caillois

Par Joël Asher Lévy-Cohen *

S’ils ont, encore, vraiment une quelconque dignité à faire valoir ou un quelconque honneur à défendre, les dignitaires de la République démocratique du Congo ne sont pas du tout des gendarmes. En effet, leur mission ne consiste pratiquement point à surveiller un peuple par nature pacifique. Ils n’en ont, d’ailleurs, cure. Ils n’en ont, d’ailleurs, rien à cirer.

Ces dirigeants étatiques et gouvernementaux ne sont pas non plus des geôliers puisque leur rôle primordial n’est pas du tout de surveiller des prisonniers. Il ne consiste point à épier une population carcérale, à plus forte raison un Peuple, réduit à sa plus simple expression, dont le destin politique et national se confond malheureusement avec le sort effroyable d’un forçat ou le statut d’un condamné à mort, a fortiori la condition déshumanisante d’un esclave. D’ailleurs, ceux-ci n’ont professionnellement jamais été formés à ce vil métier de surveillant, à ce rôle dépréciatif de pion.

Au regard de leurs activités politiques, administratives et gouvernementales, les officiels de cet État majestueux au cœur de l’Afrique centrale et de la région des Grands Lacs africains exercent, plutôt, le métier de bourreau. Il s’agit, à vrai dire, d’une occupation qui n’exige aucune compétence intellectuelle. Encore moins des qualités morales et spirituelles. En tant qu’activité politique ou action publique, elle ne nécessite point la moindre ‘‘sollicitation des méninges’’ ou la productivité au niveau cérébral en vue d’accomplir aisément des tâches assignées.

Léopold
En tant que gardien de puissants intérêts du grand capital monopolistique international en Afrique noire, le Roi des Belges Léopold II avait réussi à faire du territoire de la République démocratique du Congo sa propriété privée. Cet espace géographique était, plutôt, destiné à l’exploitation brutale et meurtrière de ses ressources naturelles et minérales autant que précieuses et stratégiques.

En effet, ces soi-disant dirigeants politiques, administratifs et gouvernementaux sont placés au plus haut sommet du pouvoir d’État par de puissants intérêts maffieux pour accomplir un rôle macabre. Ils y sont installés non pas pour assurer des lendemains meilleurs à leurs propres concitoyens qu’ils prétendent, d’ailleurs, officiellement représenter mais plutôt pour les massacrer comme du gibier. Ils y sont placés, en réalité, pour les exterminer. Rien de plus ! Rien de moins ! Ce qui fait, naturellement, de la République démocratique du Congo une terre d’extermination et d’oppression, un pays de massacre et de génocide, d’ailleurs, préprogrammé par des puissances extérieures. Ce qui n’est pas sans rappeler la cruauté de l’entreprise ‘‘léopoldienne’’.

leopold
Cette image horrible illustre bien la vaste étendue des atrocités léopoldiennes lors de la tristement célèbre campagne de caoutchouc au Congo à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. S’appuyant sur la récolte du latex produit par l’hévéa dans les forêts tropicales humides africaines, celle-ci avait pour objectif primordial de faire tourner à plein régime l’industrie automobile occidentale. En plein essor, ce secteur d’activités économiques, était, à cette époque, très demandeur de pneumatiques. D’après des historiens et auteurs sérieux (Conan Doyle, Adam Hochschild), cette campagne de caoutchouc basée sur le latex et la culture de l’hévéa a occasionné, au bas mot, plus de dix millions morts. Ces sacrifices humains expiatoires sur le plan économique s’expliquent par et pour des raisons de profitabilité. En d’autres termes, ils sont dictés par la rentabilité de l’exploitation capitaliste au cœur du continent noir, par la réalisation tous azimuts de la plus-value économique au centre de l’Afrique.

En effet, c’est un secret de polichinelle, la triade despotique animée par les mercenaires dictatoriaux et rebelles à la liberté et la démocratie Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko du Zaïre, Mzee Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila Kabange a toujours ‘‘carburé’’ au sang humain. À preuve, leurs régimes répressifs respectifs sont remplis d’anecdotes macabres. À titre d’exemple : Massacres d’Idiofa (1978), de Katekelayi (1979), des Occidentaux et des villages tshokwe du Katanga lors de la guerre de Kolwezi (1979), épuration ethnique et génocide des peuples lubas kasaïens au Katanga (1993) sous le Maréchal-despote Mobutu Sese Seko du Zaïre. Massacres à large échelle des ethnies congolaises et hutues rwandaises à Walikale, Tingi-Tingi sous le guérillero révolutionnaire Mzee Laurent-Désiré Kabila (1996). Extermination systématique des populations du Grand Kivu (de 2003 à 2018), des Nande et des populations lubas et kasaïennes (2016, 2017 et 2018), massacres des partisans de la secte politique et religieuse Bundu dia Kongo sous la tyrannie de Joseph Kabila Kabila (2007), etc.

Mobutu1
Habilement converti en tueur à gages et tyran prédateur, le Maréchal-président Mobutu Sese Seko du Zaïre avait dirigé le Zaïre situé au cœur de l’Afrique et des enjeux internationaux moins comme un État moderne qu’une chefferie traditionnelle. Issu de l’univers d’hommes en treillis militaire, ce tyran brutal fut, à vrai dire, un mercenaire sanguinaire à la solde exclusive de l’OTAN pour contrecarrer le communisme soviétique et le système verrouillé chinois cherchant à s’implanter coûte que coûte en terre africaine. À cet égard, il n’a pas hésité à éliminer, sans états d’âme, des populations entières.

En d’autres termes, l’exercice du pouvoir politique en République démocratique du Congo ressemble, à s’y méprendre, à une activité de tir à balles réelles, à un entraînement au maniement d’armes létales ou une partie de chasse. Donc, dans ce pays africain, être une autorité publique équivaut, en réalité, à exercer des talents de chasseur, de sniper ou tireur d’élite. Dans ce cas fort spécifique, il ne s’agit pas d’un chasseur de gibier, d’ailleurs, destiné à la consommation, donc à la survivance de la Collectivité étatique. Il s’agit, en l’occurrence, d’un chasseur d’hommes totalement animalisés, manifestement néantisés, dont le destin politique et national est, plutôt, suspendu au bout du fusil, au maniement facile de la gâchette, à l’humanité du tireur de coups de feu.

Être une autorité en République démocratique du Congo disposant d’une parcelle de pouvoir politique, administratif et gouvernemental signifie faire montre de qualités, de dextérité propre à un prédateur. À disséquer leurs comportements et gestes en matière de respect des droits humains fondamentaux, l’on peut nettement affirmer, aisément conclure, sans pour autant se tromper, que ‘‘les dirigeants de cet État sont des félins qui agissent exactement comme le léopard dans la jungle’’. Ce qui revient à dire que ceux-ci sont, en réalité, des prédateurs féroces et solitaires qui tuent leurs victimes moins par nécessité que par simple plaisir d’accomplir un rituel. Ils tuent par simple plaisir de se conformer textuellement à une tradition qui définit intrinsèquement leur être profond.

Mzee2
Le Condottiere Laurent-Désiré Kabila fut, à l’instar du Maréchal-dictateur Mobutu Sese Seko du Zaïre, parrainé par l’Occident pour piller les immenses richesses minérales de la République démocratique du Congo. En tant que mercenaire brutal à la solde des intérêts maffieux, il a facilement contribué à l’élimination massive de sujets congolais et africains.

À vrai dire, les autorités de la République démocratique du Congo sont, par définition, des bouchers qui évoluent dans un ‘‘abattoir géant et à ciel ouvert’’. Ces dirigeants sont, sans conteste, engagés par la Communauté internationale pour diminuer drastiquement la taille démographique de leur population. À ce propos, le Royaume de Belgique fait, à titre d’ancienne puissance coloniale, office d’agence nationale pour l’emploi (ANPE) aux fins de recrutement politique[i]. À cet égard, ces derniers participent aisément à l’équilibre de l’écosystème humain pour satisfaire les exigences draconiennes d’un Occident réellement confronté à la dénatalité sur le plan démographique.

Pour ainsi dire, l’exercice du pouvoir politique en République démocratique du Congo se réduit inexorablement, indubitablement, à l’administration systématique et automatique de la mort. En vérité, celle-ci s’applique invariablement sur des individus auxquels il n’est reconnu aucun droit fondamental, aucune liberté, en tant que personne humaine ou Citoyen. C’est-à-dire : Sujet des ‘‘droits inaliénables et sacrés’’. Sujet des ‘‘libertés’ fondamentales’’.

Joseph-Kabila-avril-2018-1024x512
Le soudard Joseph Kabila Kabange dont l’imposture politique et électorale a été vivement encouragée, financée et imposée par de puissants et maffieux intérêts occidentaux, a complètement cadenassé la vie politique en République démocratique du Congo. Ce verrouillage systématique a pour effet de favoriser tous azimuts le pillage des ressources nationales, des massacres à large échelle des populations locales. Aussi a-t-il ultimement pour effet d’occasionner la balkanisation du territoire étatique au profit exclusif des pays limitrophes.

Ce qui est sûr et certain, l’administration effective de la mort par les autorités politiques, administratives et gouvernementales sur des Citoyens paisibles, pacifiques, s’apparente à l’application de la peine de mort. Elle s’apparente, en fait, à l’exécution d’une décision de justice qui consiste à supprimer de façon souveraine la vie humaine dans le dessein de manifester sa puissance suprême et de susciter indubitablement la peur noire parmi les citoyens au sein de la Collectivité étatique. Celle-ci s’opère en réalité de deux manières. Elle s’accomplit, concrètement, de manière tout à fait violente ou tout à fait non violente. Dans cette seconde hypothèse, la non-violence signifie de façon ‘‘douce’’. Comme dans le cas de l’euthanasie, cette administration de la mort se fait de manière purement douce.

La ‘‘Strong Bourreaucratie’’

En réalité, la Bourreaucratie chargée d’administrer la mort, se manifeste, en tout temps, par la violence qui est sa marque de commerce. Celle-ci est, sans aucun conteste, armée. Elle utilise, de ce fait, les armes létales dans le but de supprimer la vie d’une personne humaine. Dans sa logique mortuaire, supprimer la vie équivaut, en fait, à l’élimination physique de toute contestation de son bien-fondé, de sa place éminente dans l’environnement politique qu’elle est censée, par définition, quadriller et asphyxier.

En réalité, la violence armée est la véritable nature de la Bourreaucratie. À vrai dire, C’est son mode d’expression politique et administrative. C’est son mode opératoire non pas pour manifester son existence physique ou matérielle mais plutôt pour instiller la peur dans la société, pour inspirer indéfiniment la crainte. C’est, donc, le règne de la terreur systémique. La terreur issue de la violence armée est, par essence, sa marque distinctive.

Mobutu3
Le régime du Maréchal-tyran Mobutu Sese Seko du Zaïre s’appuyait doublement sur l’appareil répressif militaire et le monolithisme politique et idéologique.

La violence armée déployée par la Bourreaucratie s’exprime, tout à fait, naturellement, lors de manifestations pacifiques des Citoyens. En effet, toutes les marches organisées dans l’optique de revendiquer les droits humains fondamentaux sont sans nul conteste, pour elle, l’occasion idéale de provoquer tous azimuts la mort au nom de la stabilité du régime qu’elle incarne. Donc, opprimer les droits fondamentaux, asphyxier les libertés publiques, réprimer violemment les citoyens et, par-delà, supprimer leur vie physique, participent, selon l’entendement de la Bourreaucratie, inéluctablement à la stabilité institutionnelle de l’État. À cet égard, il convient de souligner la répression sanglante qui s’est abattue sur la marche des Chrétiens du dimanche 16 février 1992 sous Mobutu Sese Seko du Zaïre et les manifestations organisées par le Comité laïc de coordination des Catholiques (CLC) le dimanche 21 janvier 2018 sous l’imposture de Joseph Kabila Kabange.

De son point de vue strictement sécuritaire, tordre les libertés publiques fondamentales, c’est, en fait, contribuer à l’assise de la paix publique. C’est, pratiquement, contribuer à la consolidation réelle de la sécurité collective. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle la Bourreaucratie évoque, sans hésiter, au titre de la répression des manifestants pacifiques la présence d’éléments subversifs que personne n’est vraiment capable d’identifier, de quantifier, et qui représentent un danger supposément public et social. Dans l’optique de justifier son comportement répréhensible, le vocable utilisé à ce propos pour qualifier ces inciviques imaginaires – [ces boucs-émissaires qui n’existent que dans leur mental] – est ‘‘terroriste’’.

Force est d’admettre que la logique d’étouffement violent des droits inaliénables et sacrés des citoyens pour assurer la sécurité du régime politique et, par conséquent, la stabilité du pouvoir administratif et gouvernemental explique, de manière pertinente, l’intervention massive de forces de défense et de sécurité dans la gestion des humeurs populaires. À cet égard, les manifestations des 19 septembre 2016, 31 décembre 2017 et 14 janvier 2018 en sont une parfaite illustration. Leur étouffement dans le sang traduit, à n’en point douter, cette vision macabre nourrie par un système aux abois. Celui-ci considère impunément l’exercice des libertés républicaines comme une grave atteinte à la sûreté de l’État. Il l’appréhende comme une réelle entrave au bon fonctionnement des institutions politiques, administratives et gouvernementales.

Ce qui est clair, la Bourreaucratie en tant que régime politique animé par des bourreaux, est, tout à fait, rassurée lorsque les individus qui vivent en permanence dans les limites de sa juridiction ou son territoire d’influence administrative, sous le joug de sa puissance publique, éprouvent constamment la peur. Elle est même sereine lorsque la trouille, devenue irrémédiablement un comportement politique, s’empare définitivement de l’univers sociétal. Donc, en tant que pouvoir politique et idéologique, la Bourreaucratie prend ses aises lorsque les citoyens lui vouent une crainte sans borne. En tant que système fondé sur l’absolutisme ou l’arbitraire, elle s’affirme bruyamment lorsque la notion de Citoyenneté est complètement effacée de la société en tant que mode d’expression des droits humains fondamentaux et exercice des libertés publiques et républicaines.

La ‘‘Soft Bourreaucratie’’

Si elle est, sans aucun doute, réputée utiliser des moyens violents – telles les armes létales – pour ôter gratuitement la vie des citoyens, la Bourreaucratie recourt, très souvent, à des méthodes non-violentes pour tuer des individus ou supprimer la vie de la majorité de la population. Dans ce cas fort spécifique, il s’agit des méthodes qui ne nécessitent pas forcément le déploiement de la violence physique. Il s’agit, bien entendu, des méthodes liées aux actes de gestion politique et administrative. En l’espèce, il s’agit des décisions arrêtées par la Bourreaucratie pour gérer la Cité, gouverner l’État ou administrer les Citoyens.

Dans ce processus décisionnel, la Bourreaucratie est, donc, pratiquement conduite à prendre des décisions capitales qui ont réellement pour conséquence de provoquer des morts massives, des décès à la chaîne. À ce niveau, celle-ci ne s’inscrit pas dans une logique d’affrontement directe où les adversaires ou ennemis sortent, très rapidement, des gants de boxe pour guerroyer ou des glaives pour combattre, tels des gladiateurs. Elle ne situe aucunement dans une logique de confrontation immédiate avec la masse ou la population.

Mzee1
S’inscrivant dans la même logique tyrannique que son prédécesseur, le mercenaire Mzee Laurent-Désiré Kabila adoubé par la mafia internationale a instauré, en République démocratique du Congo, un régime verrouillé de type staliniste et maoïste.

Dans ce processus décisionnel par définition meurtrier et assassin, la Bourreaucratie prend réellement des décisions de nature à provoquer artificiellement la faim ou la famine. À ce propos, il importe de mentionner la rétention permanente des salaires normalement dus aux fonctionnaires publics. Cette politique délibérée de confiscation des revenus d’agents de l’administration de l’État a, en réalité, pour effet de restreindre drastiquement le pouvoir d’achat des ménages. Elle entraîne la paupérisation de cette frange de la population. Celle-ci n’a effectivement plus accès à toute une série de biens de consommation courante voire toute une foultitude de services sociaux protecteurs de la santé. Elle n’a plus du tout accès à une alimentation à forte teneur protéique ou vitaminique. Il s’en suit, par voie de conséquence, la sous-alimentation ravageuse ou la malnutrition dévastatrice.

En effet, la population fortement appauvrie, artificiellement paupérisée par le régime en place, consomme en réalité moins de 1590 calories par jour. Ce qui ne lui permet guère d’être suffisamment en très bonne santé. Toutefois, ce phénomène de malnutrition ou sous-alimentation chronique date, à vrai dire, de l’époque tyrannique du Maréchal Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko du Zaïre où la consommation journalière des calories avait très largement chuté en-deçà de la barre nutritionnelle de 2000 calories par jour. Sans compter que, sous la présidence autocratique de Joseph Kabila Kabange, la population extrêmement appauvrie meurt de plus en plus de faim. Ce qui constitue, à n’en point douter, l’étape alarmante précédant la phase catastrophique de la famine[ii]. À cet égard, des rapports de l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) affirment péremptoirement qu’un dixième de Congolais meurt de faim en 2016 – 17[iii].

Joseph Kabila

En effet, sous la Bourreaucratie, la population n’a pratiquement plus les moyens de se nourrir convenablement. En fait, elle ne peut normalement plus manger trois à cinq fois par jour. En raison de la dégradation drastique des conditions socioéconomiques, de la précarité et de l’extrême pauvreté, celle-ci est, plutôt, réduite à manger, dans le dessein d’assouvir la faim, une fois tous les trois jours en alternance journalière entre les parents, les filles et les garçons. Un tel phénomène génère souvent la dégradation progressive ou rapide de la santé. D’ailleurs, cette dégénérescence est très susceptible de rendre vulnérable la population en termes de défense immunitaire pour se prémunir contre des pathologies, tout à fait, bégnines ou maladies sévères.

À ce niveau, il faut également mentionner la dépréciation du franc congolais par rapport à la devise américaine. Cette dévaluation monétaire contribue aisément à provoquer l’explosion des prix de biens de consommation courante, d’une part. Et, d’autre part, elle exclut rapidement du spectre social une masse immense de citoyens dont le pouvoir d’achat déjà rabougri part logiquement en fumée. Comme l’augmentation des salaires ne suit pas toujours forcément l’inflation, des ménages dont la taille varie certes au plan démographique, sont, par voie de conséquence, automatiquement pris dans la trappe de la précarité socioéconomique. Des familles entières sont, donc, enfermées dans cette prison qu’est, en réalité, l’exclusion sociale.

À ce niveau, il faut aussi inclure l’attribution des concessions minières à des entreprises étrangères qui sont, en fait, des propriétés de multinationales. Celle-ci se fait, souvent, sans consultation populaire des communautés avoisinantes intéressées au premier chef. Elle se fait, surtout, aux dépens de leurs intérêts immédiats et légitimes. Bien entendu, sans possibilité de recours devant des juridictions nationales par avance muselées. Entre autres en cas de contamination avérée des sites environnementaux provoquant des maladies nuisibles affectant sévèrement la santé de ces groupements humains.

Ce qui est une façon de tuer à petit feu – en douceur pour être politiquement correct – la population. À cet égard, il convient de mentionner l’exemple patent de la Canadienne ‘‘Glencore’’. En effet, les activités minières de cette firme multinationale ont provoqué, à en croire des médias d’enquête internationaux, l’explosion des épidémies ou maladies parasitaires suite à la contamination évidente de la nappe phréatique au Katanga[iv].

En clair, les décisions irréfléchies de la Bourreaucratie entraînent, irrémédiablement, la dégradation des conditions sanitaires et environnementales. Celles-ci sont susceptibles d’affecter sévèrement la santé individuelle ou collective. Aussi sont-elles susceptibles de provoquer conséquemment ou consécutivement la mort.

Il n’en demeure pas moins vrai que la Bourreaucratie de la République démocratique du Congo provoque, à cet égard, des catastrophes humanitaires en refusant délibérément de distribuer l’eau potable à la population déjà condamnée à mort par avance. Son refus de désobstruer des égouts dans les agglomérations entraîne, en réalité, pendant la saison des pluies, de graves inondations dans des centres urbains avec son cortège de difficultés sociales et sanitaires. À titre d’exemple, les inondations combinées avec des immondices non ramassées ou délaissées dans des décharges publiques sauvages entraînent l’explosion du choléra, de la malaria, de l’amibiase et bien d’autres maladies affectant la peau, le foie, etc.

Mobutu-Sesse-Seko

Sans compter que selon l’OMS, la République démocratique du Congo concentre à elle seule les 80 % des cas répertoriés pour des patients frappés par la maladie du sommeil. Sans compter que le méningocoque frappe avec une virulence inouïe qui entraîne des décès en quantités industrielles. Sans compter que les hôpitaux sous le Maréchal-tyran Mobutu Sese Seko du Zaïre, le guérillero révolutionnaire Mzee Laurent-Désiré Kabila et le mercenaire Joseph Kabila Kabange sont incontestablement de véritables mouroirs.

Mzee

Ces établissements hospitaliers manquent généralement des produits pharmaceutiques qui sont, évidemment, l’objet de contrebande de la part des groupes maffieux gravitant autour du régime. Sans compter que ces institutions hospitalières ne sont même point dotées d’équipements appropriés pour recevoir des patients qui suivent un traitement médical. Sans compter que les frais médicaux déjà exorbitants sont pratiquement à la charge exclusive des familles très souvent pauvres et démunies, évidemment sans travail digne et sans revenus décents.

Par ailleurs, avec la dégradation des conditions sanitaires et environnementales, il n’est pas totalement exclu que la fièvre hémorragique provoquée par le fameux virus Ébola fasse sa énième réapparition depuis 1976 aussi bien en campagne ou dans les cités rurales que dans les bourgades ou agglomérations. Si cette prédiction devait finalement se réaliser, sa résurgence devrait, sans nul doute, être accompagnée d’un taux de prévalence extrêmement élevé. En effet, le pouvoir politique et gouvernemental, l’administration publique ainsi que les autorités sanitaires n’ont pas pris, à ce jour, des mesures prophylactiques appropriées pour se prémunir contre ce genre d’épidémies mortelles.

Ce qui est clairement indéniable, pour s’imposer en République démocratique du Congo qui peine, sans aucun doute, à s’imposer une société de justice et de paix, de liberté et de sécurité juridique, de dignité et d’harmonie sociale, la Bourreaucratie incarnée aussi bien par la tyrannie kabiliste que le despotisme mobutiste a, certainement, confisqué la santé, le travail et les revenus financiers. Cet accaparement qui joue profondément sur les nerfs de la population, entraîne la montée vertigineuse des cas d’accident vasculaire cérébral (AVC) en raison du stress provoqué par l’insécurité permanente. Aussi entraîne-t-elle la montée en flèche de la dépravation des mœurs et du grand banditisme.

Ce qui est sûr et certain, cette stratégie de confiscation des droits purement économiques et sociaux des citoyens permet aux Bourreaucrates de tout acabit de tenir fermement entre leurs mains la liberté de tout un peuple animalisé, néantisé. Ainsi, les Congolais qui ont, certes, soif et faim de démocratie, sont réellement incapables de tenir plus de trois jours consécutifs de manifestations de protestation parce qu’ils ne mangent pas assez à leur faim. Cette situation entraîne fort logiquement que ceux-ci affamés ne sont pas physiquement voire mentalement dans l’état ou les conditions de résister au rythme infernal, d’ailleurs, très lourdement imposé par les tenants de la Bourreaucratie depuis la fin de l’ère mobutiste[v].

Comme quoi la faim ou la famine est, depuis l’avènement du fasciste portugais Salazar, une arme de destruction massive pour le tyran !

Joël Asher Lévy-Cohen

Journaliste indépendant

joelasherlevy@aol.com

www.joelasherlevycohen.over-blog.com

www.joelasherlevycohen.com

[i] Expression utilisée par le ‘‘blogueur’’ Cyprien Wetchi à propos des leaders congolais fort soucieux de se faire coopter en Belgique pour diriger la République démocratique du Congo.

[ii] 64 % des Congolais vivent dans une extrême pauvreté.

[iii] Rapport de la FAO, 14 août 2017.

[iv] Reportages de ‘‘Cash Investigation’’ sur les activités nébuleuses de Glencore, Source You Tube.

[v] C’est sous le règne dictatorial de Mobutu Sese Seko du Zaïre que l’outil de production a été complètement vandalisé par le pouvoir politique, le chômage est pratiquement devenu endémique dans le but d’éloigner les Zaïrois de toutes préoccupations politiques. C’est également sous ce règne dévastateur pour le pays que la santé a été privatisée au profit des réseaux maffieux très proches du régime. Ceux-ci ont, naturellement, provoqué la raréfaction des produits pharmaceutiques et équipements médicaux.

 

Laisser un commentaire